D’un côté de la frontière, un potentiel radon considéré comme faible. De l’autre, des territoires identifiés comme particulièrement exposés. À quelques kilomètres de distance, les cartes française et suisse du radon peuvent donner des indications très différentes. Une situation qui illustre parfaitement les limites de ces outils et rappelle une vérité essentielle : aucune carte ne peut remplacer une mesure du radon dans un bâtiment.
Franche-Comté : un territoire à faible potentiel radon ?
En consultant la carte française du potentiel radon, une grande partie de la Franche-Comté,région frontalière de la Suisse, apparaît classée en zone 1, correspondant à un potentiel radon faible.
Pour un particulier ou un employeur, cette information pourrait sembler rassurante. Après tout, pourquoi s’inquiéter du radon lorsque sa commune est officiellement classée dans la catégorie présentant le potentiel le plus faible ?
Mais il suffit de regarder de l’autre côté de la frontière pour que cette apparente tranquillité soit remise en question.
En Suisse, notamment dans certaines parties de l’Arc jurassien, la cartographie nationale publiée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) identifie des probabilités importantes de dépassement du niveau de référence de 300 Bq/m³ dans les bâtiments.
Comment expliquer que des territoires géographiquement proches, partageant des caractéristiques géologiques comparables, puissent apparaître aussi différemment sur deux cartes nationales ?
Le radon ne connaît pourtant aucune frontière administrative.
Deux pays, deux méthodes pour cartographier le radon
Cette différence s’explique en grande partie par les méthodes très différentes utilisées pour construire ces cartes.
En Suisse, la carte publiée par l’OFSP représente une probabilité estimée de dépassement de la valeur de référence de 300 Bq/m³ dans les bâtiments. Elle s’appuie sur une modélisation statistique intégrant notamment les résultats de mesures disponibles. Cette appproche multifacteurs donne une information directement exploitable par un employeur ou un particulier.
En France, la cartographie publiée par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) repose sur les caractéristiques géologiques des territoires et permet ainsi de classer les communes selon trois catégories de potentiel radon. A l’inverse l’information qu’elle délivre n’est pas directement exploitable car elle laisse trop de place à l’interprétation de celui qui la lit. Car concrêtement, que signifie potentiel faible au regard du risque de retrouver de radon chez soi ? Pas grand chose…
Le véritable problème : quand un potentiel faible devient synonyme d’absence de risque
Le cas de la Franche-Comté met en lumière une difficulté majeure dans la manière dont la carte du radon est présentée et interprétée en France.
Pour le grand public, son interprétation est souvent immédiate : une commune classée en zone 1 serait une commune où le risque radon est faible, voire inexistant.
Au vu de la carte Suisse, ce raccourci apparait injustifié et pose la question générale de la pertinence du classement en zone 1.
Comme nous l’expliquons dans notre article consacré à l’interprétation des cartes du radon, la concentration de radon dans un bâtiment ne dépend pas uniquement de la nature du sous-sol. De nombreux autres facteurs interviennent : les caractéristiques constructives, l’étanchéité des fondations, les échanges d’air avec le sol, la ventilation ou encore les conditions d’occupation.
Deux maisons voisines peuvent ainsi présenter des concentrations de radon très différentes. À l’inverse, un bâtiment situé en zone 1 peut parfaitement présenter des concentrations supérieures à 300 Bq/m³, tandis qu’un autre situé en zone 3 peut afficher des valeurs très faibles.
Ce qui signifie qu’il est impossible d’établir un lien direct entre le risque radon et potentiel radon du sol.
C’est précisément cette confusion entre potentiel de risque et risque réel qui pose problème et qui tend à délivrer un message finalement contre productif auprès du grand public.
La seule véritable carte du risque radon est celle des mesures
Faut-il pour autant considérer que les cartes du radon sont inutiles ?
Pas nécessairement. Elles sont des outils de justification pour orienter les politiques de prévention. Elles présentent cependant un défaut immense :
Une carte ne pourra ainsi jamais statuer sur le risque réel.
La comparaison entre la Franche-Comté et la Suisse nous rappelle ainsi une évidence trop souvent oubliée : Une carte, aussi sophistiquée soit-elle, ne pourra jamais intégrer l’ensemble des paramètres qui déterminent la concentration de radon dans un bâtiment particulier.
Le radon est présent partout, y compris dans les territoires considérés comme présentant un faible potentiel géologique et aucune carte ne pourra a elle seule renseigner efficacement sur le risque radon réel.
Pour connaître son exposition réelle, il n’existe qu’une seule solution fiable : réaliser une mesure in situ, à l’aide d’un dispositif adapté et selon un protocole reconnu.
Plutôt que de chercher à déterminer où il faudrait mesurer le radon sur la seule base d’une cartographie, ne serait-il pas temps d’encourager beaucoup plus largement sa mesure, indépendamment du classement géographique ?
Car en matière de radon, ce n’est pas la couleur d’une commune sur une carte qui protège les occupants d’un bâtiment. C’est la connaissance de leur exposition réelle.



