Le nouveau bilan de l’ASNR place le radon au premier rang des sources d’exposition de la population française aux rayonnements ionisants. Il représente 55 % de l’exposition moyenne, devant l’imagerie médicale diagnostique, qui en représente 23 %. Ce gaz radioactif naturel peut s’accumuler dans les lieux où nous passons le plus de temps : nos écoles, nos lieux de travail pour lesquels une réglementation existe mais aussi et surtout nos logements ou le corpus réglementaire reste désespérément vide.
Cette nouvelle estimation résulte principalement d’une réévaluation de la dose associée à l’exposition au radon. Elle ne signifie pas que les concentrations ont soudainement augmenté. Mais elle devrait nous conduire à poser une question : notre manière d’informer et de protéger la population est-elle à la hauteur de cette première source d’exposition ?
Dans les logements, une information fondée sur la carte du radon
Lors de la vente ou de la location d’un logement en France, l’information réglementaire sur le radon repose sur le classement de la commune. C’est lorsqu’un bien se situe en zone à potentiel radon de niveau 3 que le vendeur ou le bailleur doit signaler ce risque dans l’état des risques remis à l’acquéreur ou au locataire. Cette mention ne repose pas sur une mesure effectuée dans le logement.
Or la carte du potentiel radon indique une probabilité liée notamment à la composition du sous-sol. Elle ne montre pas la concentration de radon dans les bâtiments. Celle-ci dépend aussi de leur construction, de leurs échanges avec le sol et de leur ventilation. Deux logements voisins peuvent donc présenter des concentrations très différentes.
Le message transmis par le classement est pourtant souvent compris autrement : « Je suis en zone 1, donc je n’ai pas de radon. » C’est faux. L’absence de mention obligatoire dans l’état des risques ne prouve pas l’absence de radon dans le logement. Lorsque ce classement est pris pour un diagnostic, il peut rassurer à tort et décourager la seule démarche qui permettrait de vérifier la situation : mesurer.
Remettre la mesure au centre de la prévention
D’autres pays ont bien intégré la limite que représentent les cartes du radon et ont pris le parti d’accorder une place plus directe à la mesure dans les logements. En Norvège, les propriétaires doivent faire mesurer le radon dans les biens qu’ils mettent en location, y compris lorsqu’ils sont des particuliers. En Suède, les propriétaires en sont responsables et les communes peuvent imposer une mesure.
Ces approches invitent à repenser notre priorité. Une carte peut aider à orienter l’attention publique mais la livrer en pâture au public sans plus de prévention est acte dangereux alors même que les conséquences d’une exposition au radon sont connus depuis presque 40 ans. Seule une mesure réalisée dans un bâtiment permet de connaître la concentration à laquelle ses occupants sont exposés, puis de décider si des actions sont nécessaires et d’en vérifier l’efficacité.
Le radon est la première source d’exposition de la population aux rayonnements ionisants. Pour mieux protéger, il faut mieux informer sur les limites de la carte, faciliter l’accès aux détecteurs et faire de la mesure un réflexe dans les logements comme dans les lieux de travail.



